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« Quatre danseurs autour d’une action qui est le saut… Un danseur est comme “condamné“ à sauter, c’est une action indissociable de la danse, comment l’abordez-vous ?

Geisha Fontaine : En fait, le saut est avant tout venu de l’idée du temps. Alors que dans nos précédentes créations, nous avions exploré des durées, il y a vraiment eu ici le désir de travailler sur quelque chose de très bref. Finalement, le mouvement le plus proche de cette idée de brièveté, c’est le saut : à peine est-on en l’air, qu’il est déjà fini. Il y a cette espèce de chose très fugitive, qui est en même temps un condensé philosophique de la danse. Comment faire durer cet instant bref, sachant que c’est impossible ? C’est un peu parler de l’impossible et d’une utopie que d’avoir choisi le saut. Et le fait que cela soit une figure référentielle de la danse est d’autant plus intéressant que l’on joue avec un vocabulaire de sauts, à la fois reconnaissables, mais aussi inventés ou personnalisés par les danseurs. Il s’agit d’être dans l’abondance, dans une sorte de profusion, avec l’idée qu’il y a toujours un saut en train de se faire. Cela a donné lieu à un travail tout en finesse sur tout ce qui est de l’ordre de l’appel du saut, sur le moment de suspension, et également sur ce que l’on appelle le « donné à voir » : est-ce qu’il n’y a pas des façons de donner à voir un saut sans le faire ? Par exemple, si l’on transforme un peu le moment où on arrête son appel, le spectateur imagine le saut même s’il ne le voit pas. On ne se situe pas du tout dans la dimension sportive du saut, même si c’est extrêmement physique. La pièce est structurée de manière temporelle et spatiale très précise, et le premier enjeu est que le danseur ne se blesse pas et que l’on arrive à quelque chose qui ne devienne pas d’abord un défi. Ce qui nous intéresse, car il n’y a ni film ni mots dans cette création, c’est le travail sur l’abstraction. »

Propos recueillis par Nathalie Yokel, La Terrasse

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